Catalogue 2016

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Christophe_Lemaitre_14012011_Credit_Philippe_Petit-Crédit Photos: Philippe PETIT
Les voyages forment la jeunesse, dit-on. A quelques jours de s’envoler pour un stage d’entraînement à Miami, en Floride, Christophe Lemaitre s’est rendu au Japon, entre le 4 et le 9 janvier, à l’invitation de son équipementier Asics. Accompagné de son entraîneur, Pierre Carraz, le triple champion d’Europe 2010 (100 m, 200 m et 4x100 m) s’est immergé pendant deux longues journées dans le centre Recherche et Développement de la marque, installé à Kobe. Objectif : réaliser une minutieuse série de tests et mesures, destinée à la conception d’une nouvelle paire de chaussures de sprint, entièrement sur-mesure, bénéficiant des dernières innovations technologiques – le tout pour accompagner de façon optimale la préparation sportive de Christophe.

A Kobe, Christophe Lemaitre a pu profiter de l’expertise et du matériel d’un centre de recherche technologique de haut niveau où travaille au quotidien plus d’une centaine de chercheurs. Sa première journée a été consacrée à la prise de mesures, manuellement et par électronique, des différentes parties de son corps, avec une attention toute particulière pour les pieds, les mollets, les cuisses et le bassin. Le lendemain, il a découvert et essayé chacun des modèles de chaussures préparés à son intention par les équipes de la marque. Puis il les a testés un à un en situation réelle de sprint, sur la piste de 300 m installée au sein même du centre de recherche de l’entreprise. Equipé de capteurs, filmé par une batterie de caméras vidéo, il a enchaîné les courses, sous l’œil de Pierre Carraz.

Christophe_Lemaitre_14012011-2_Credit_Philippe_Petit-

Ses nouvelles chaussures, Christophe Lemaitre devrait en recevoir les premiers prototypes, plus adaptés à l’entraînement qu’à la compétition, dès cet hiver. Un modèle plus abouti lui sera fourni pour la prochaine saison estivale, qu’il devrait porter aux championnats du monde à Daegu. L’objectif ultime de ce long processus technologique reste le rendez-vous olympique : Londres en 2012.

Le jeune savoyard n’est pas le premier athlète à faire le voyage vers Kobe pour y rencontrer les chercheurs et techniciens d’Asics. Avant lui, plusieurs grands noms équipés par la marque, comme les sauteurs en hauteur Stefan Holm et Tia Hellebaut, y avaient été conviés. Mais jamais pareille attention n’avait été accordée à un sprinteur aussi jeune, seulement âgé de 20 ans et sept mois.

Interview – Christophe Lemaître
« J’ai appris des tas de choses »

Un sprinteur peut-il améliorer ses performances grâce à une paire de chaussures sur-mesure ?

Christophe Lemaitre : Il est impossible de répondre avec certitude, mais cela peut certainement jouer. Evidemment, c’est un plus. Et si une nouvelle paire de chaussures peut me faire gagner encore un ou plusieurs centièmes, je ne m’en priverai pas, même si je reste conscient que le matériel, aussi bon soit-il, ne remplacera jamais une bonne séance d’entraînement.

Qu’attendez-vous du matériel dont vous pourrez bientôt disposer en compétition ?

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Mes nouvelles chaussures seront plus rigides. Je vais devoir m’y habituer, comme toujours, cela prendra un peu de temps. Mais je suis très optimiste. Les modèles que j’ai testés à Kobe n’étaient que des prototypes, mais mes sensations étaient bonnes.

Comment avez-vous vécu cette expérience japonaise, deux longues journées à travailler avec des techniciens dans un laboratoire de recherche ?

J’ai trouvé le séjour et l’expérience très intéressants. Et même très instructifs. Je n’avais jamais eu l’occasion d’être soumis à une telle batterie de tests. J’ai découvert des tas de choses sur mon corps, sur ma morphologie. Des détails, certes, mais dont je n’avais aucune idée. Les techniciens d’Asics ont mesuré mes segments et le diamètre de mes muscles. Ils ont même été capables de reproduire mon corps en 3D.

Que pensez-vous du Japon ?

C’était ma deuxième visite dans ce pays. Et je m’y sens bien. J’aime les gens, notamment. Leur politesse, l’attention qu’ils nous portent. C’est assez incroyable. Mais ce que je préfère au Japon, ce sont les mangas. J’en suis moi-même un grand fan.

Votre prochaine étape doit maintenant vous conduire en Floride ?

Oui, je pars avec une partie de l’équipe de France pour un stage à Miami. Un gros stage de travail, sous la responsabilité de Renaud Longuevre, où je vais me concentrer à fond sur l’entraînement, au soleil, pour terminer au mieux ma préparation pour les championnats d’Europe en salle à Bercy. Mais, avant cela, je dois bien récupérer de mon voyage au Japon*.
*Le stage de Miami se déroulera du 14 au 29 janvier

Interview - Pierre Carraz

« Je vais pouvoir améliorer sa technique de course »

Qu’avez-vous appris et retenu, avec votre œil d’entraîneur, de ces longues journées passées par Christophe Lemaitre dans le centre de recherche d’Asics à Kobe ?

Pierre Carraz : Sur le moment, j’ai été très impressionné par les moyens mis à notre disposition, le matériel informatique, la vidéo, les capteurs… Très impressionné, également, par l’expertise et la passion des chercheurs de la marque. Sur un plan technique, ces tests et mesures me seront très utiles quand nous pourrons disposer de la totalité des résultats, d’ici quelques semaines. Mais ils ont déjà confirmé certaines sensations que j’avais eues sur le terrain. Christophe a un défaut : ses deux pieds s’écrasent vers l’intérieur. Nous le savions. Un podologue le suit depuis longtemps, mais c’est insuffisant. Les images réalisées à Kobe montrent clairement la déformation au sol.

Une nouvelle paire de chaussures, réalisées sur-mesure, peut-elle l’aider à corriger ce défaut ?

Certainement. Christophe est déjà chaussé en course d’un modèle de pointes sur-mesure. Mais les chaussures que les techniciens d’Asics vont lui fabriquer seront encore plus abouties. Ils veulent aller encore plus loin. La semelle, notamment, sera plus rigide. Leur rendement devrait être encore meilleur.

Ces mesures ont-elles révélé d’autres défauts techniques ?

Non. Christophe a été scanné des pieds à la tête. Il a couru avec des capteurs, posés un peu partout. Des temps de passage ont été réalisés en course, par tranches de 5 mètres. Les techniciens ont mis en boite près d’une vingtaine de vidéos. Le travail a été très pointu, les mesures extrêmement poussées. Elles ont révélé que Christophe était assez homogène et symétrique.

Jusque-là, faisiez-vous appel à la vidéo pour l’entraînement ?

Parfois, oui. C’est toujours utile, je l’ai donc déjà fait. Mais jamais avec un matériel aussi sophistiqué. Et puis, l’entraîneur ne peut pas tenir la caméra pendant une séance. Il doit regarder l’athlète avec ses yeux. C’est pourquoi je suis très heureux de pouvoir disposer de toutes les images réalisées à Kobe. En les étudiant avec attention, au calme, je vais apprendre beaucoup de choses et m’en servir pour améliorer encore sa technique de course.