Catalogue 2016

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Leonie-PERIAULTPhoto: Léonie Périault © Credit: Triathlon.org | Delly Carr / ITU
Auckland (Nouvelle-Zélande) accueillait la dernière étape des World Series (le Championnat du monde). Un rendez-vous difficile pour les Tricolores, pour une fois relégués au second plan après une saison pourtant riche. Les titres de vice-champions du monde juniors de Léonie Périault et Simon Viain ont néanmoins redonné le sourire aux Bleus.

Dans des conditions dantesques (fortes pluies, froid, eau à 14° et vent) et sur un parcours vélo très sélectif (trois bosses sur chacun des huit tours), la huitième et dernière étape des World Series n’a pas souri aux Tricolores qui n’ont pu se joindre au groupe des leaders.

Tony Moulai (22e, à 4’13’’), Laurent Vidal (31e, à 7’30’’), David Hauss (34e, à 9’31’’) et Aurélien Raphaël (39e, à 13’) n’ont jamais été dans le coup de cette finale des World Series dominée par l’Espagnol Javier Gomez vainqueur au terme d’un incroyable sprint du Britannique Jonathan Brownlee. Déjà médaillé de bronze olympique, le cadet Brownlee se consolera avec le titre mondial qu’il décroche un an après son frère Alistair, champion olympique. 

« J’ai fait de bons bilans pratiquement toute la saison, mais là, il n’est clairement pas bon, estime Pierre Houseaux, entraîneur national. Je n’attendais pas forcément un exploit des Olympiens (Laurent Vidal et David Hauss) même s’ils étaient capables de faire une bonne course. Cette course n’était pas un objectif pour eux, mais ils n’ont pas été capables de se relancer comme ont pu le faire Brownlee ou Gomez. Tony a fait une course moyenne. Il n’est pas du genre à se chercher des excuses mais sa blessure à une côte à Yokohama l’a empêché de s’entraîner pendant presque dix jours. Quant à Aurélien, il a peur en vélo dès qu’il pleut. Il n’y avait pas d’engagement et ça ne nous satisfait pas. Nous ne sommes pas contents. D’une façon globale, il va falloir sortir d’un certain confort. J’ai des ambitions plus importantes pour eux. Il va falloir redoubler de volonté et ne pas s’endormir. J’ai confiance en eux. » 

Cette contreperformance néozélandaise ne doit néanmoins pas faire oublier la bonne saison des Tricolores avec en exergue les quatrième, cinquième et onzième places de David Hauss, Laurent Vidal et Vincent Luis aux Jeux olympiques. Au classement général final des World Series, Laurent Vidal (8e), David Hauss (10e) et Tony Moulai (13e) placent la France au deuxième rang des nations (la Russie compte trois représentants parmi les 11 premiers).
 

Laurent Vidal (31e à Auckland, 8e du Championnat du monde). « Je suis tombé malade après Yokohama et sur ce genre de course et dans ces conditions, il faut être à 100%. Ce n’était pas le cas pour moi et dans cette situation, on a vite fait de prendre un éclat. Je ne pouvais pas donner plus aujourd’hui. Nous aurions aimé terminer sur une bonne note mais c’est le sport, nous ne sommes pas des machines. C’est aussi le signe qu’il est temps de s’arrêter. Cette saison fut belle. Les Jeux olympiques étaient l‘objectif et on a été au rendez-vous même s’il nous a manqué la médaille. Depuis 2008, nous progressons chaque année. Il va falloir repartir avec la même motivation et travailler pour aller chercher les quelques secondes qui nous manquent encore dans les grands rendez-vous. »  

Du côté des filles, l’étape d’Auckland ne restera pas non plus un grand souvenir. Sous antibiotique en raison d’une bronchite, Jessica Harrison n’a pu suivre le rythme des meilleures sur la course à pied et finit à la 16e place. L’Allemande Anne Haug s’impose devant l’Américaine Jorgensen auteur d’un chrono pédestre canon (34’10’’) et la Chilienne Barbara Riveros Diaz. Carole Péon a abandonné. « C’est frustrant pour Jessica, regrette Stéphanie Gros, entraîneur national des filles. Elle a dû faire la course à pied en gérant car on savait que si elle partait dans une quinte de toux, c’était terminé. » 

Au classement final du Championnat du monde, la Suédoise Lisa Norden, quatrième de l’étape d’Auckland, se console de sa médaille d’argent olympique avec le titre mondial. Elle coiffe l’Allemande Haug et la Néo-zélandaise Andrea Hewitt. Jessica Harrison, la plus régulière des Tricolores cette saison avec notamment une neuvième place aux Jeux olympiques, pointe au 12e rang. Carole Péon est 24e. « Les Jeux étaient l’objectif et Jess a fait une belle course, à son niveau, analyse Stéphanie Gros. Nous avons en revanche été déçus pour Carole car même si elle a été blessée, elle est passée à côté de sa course. »

Jessica Harrison : « Seizième, ce n’est pas glorieux mais je suis tombée malade dès mon arrivée et j’étais sous antibiotiques. Je ne savais même pas si j’allais pouvoir finir. Je suis donc soulagée d’avoir pu aller au bout de cette saison.  Je suis un peu dégoûtée aussi car j’ai vu en natation et en vélo que j’étais bien malgré mon manque de capacité pulmonaire. Mais à pied, sans souffle, ça ne pardonne pas. C’est le jeu… Sur la saison, je finis 12e. ça peut aller. Dommage que j’ai eu des problèmes de santé sur les deux dernières courses car j’aurais pu aller chercher un top 8. Ce sera pour l’année prochaine… Cette saison m’a donné envie et m’a montré qu’il y avait encore de belles choses à faire et des performances à aller chercher. » 

Frank Bignet (Directeur Technique National) : « Les Jeux olympiques étaient bien sûr la priorité de cette saison. Les étapes de World Series servaient à évaluer le niveau de forme. La saison a été longue. Sur cette course d’Auckland, on a vu que Brownlee et Gomez avait su rester à 100% jusqu’au bout. Les Français ne savent pas encore le faire. Cela nous montre le chemin encore à parcourir. Les Elites sont passés au travers de cette finale mais il faut souligner la quatrième place de Pierre Le Corre qui a sprinté pour le titre et les deux médailles d’argent des Juniors. Sur six courses, on repart quand même avec deux médailles. C’est aussi ça la force d’une équipe. Le bilan de l’olympiade est positif. Les athlètes ont progressé depuis plusieurs années en passant de places de finalistes aux premiers rôles. Les ambitions des athlètes et de la fédération sont désormais tournées vers les Jeux de Rio 2016. Avec des quatrième et cinquième places à Londres, ne pas viser une médaille serait un manque d’ambition. »  

U23 : Le Corre au pied du podium

Pierre Le Corre (Les Sables-Vendée Triathlon) a manqué de peu d’aller chercher sa première médaille mondiale. Aux avant-postes tout au long de la course et dans les 10 triathlètes du premier paquet lors de T2, Le Corre, 22 ans, cède dans les derniers hectomètres et termine à seulement huit secondes d’un podium dominé par l’Australien Aaron Royle devant l’Espagnol Fernando Alarza et le Britannique Thomas Bishop. Egalement dans le groupe de tête à vélo, Anthony Pujades (Les Sables Vendée Triathlon), 21 ans, prend la 16e place après une course à pied en retrait.


Pierre Le Corre : « Cette course à une saveur amère. J’étais venu pour gagner ou au pire pour un podium. Mais je n’ai pas pu suivre dans le sprint final. Cette saison aura tout de même été positive. Je vois que je peux être performant dans les trois sports. J’ai été assez régulier toute la saison. Il y a encore beaucoup de choses à travailler mais je sais qu’avec un peu plus d’heures et de volume d’entraînement, j’ai une grosse marge de progression et que je pourrai aller rivaliser avec les meilleurs. La frustration de cette quatrième place d’Auckland va me servir pour l’entraînement cet hiver. »  

Chez les filles, Emmie Charayron, championne du monde juniors 2009, médaillée de bronze des Mondiaux Espoirs en 2010 n’a pu rattraper une mauvaise natation. Sortie à 1’10’’ de la tête de course, la sociétaire du Racing n’a pu accrocher à vélo le paquet de tête composé de 12 éléments. Elle posera le vélo avec 2’30’’ de retard sur les premières. Rédhibitoire. Le troisième temps pédestre lui permet néanmoins de se rapprocher du top 10. « Nous avions décidé de mettre Emmie sur la course U23 pour aller chercher le titre et la remettre dans une spirale de succès, commente Frank Bignet. C’est loupé… » Alexandra Cassan Ferrier (Châteauroux) prend le 28e rang. La Britannique Non Stanford remporte le titre devant la Néerlandaise Sarissa De Vries et la Canadienne Joanna Brown. Dix-huitième aux Jeux olympiques, Charayron conclut donc une saison où elle aura pris la médaille de bronze des Championnats d’Europe Elite.  « La digestion des Jeux olympiques n’a pas été facile, commente Stéphanie Gros. Ce n’était pas évident de se remotiver et de se relancer après la déception olympique. Avec en plus un déplacement compliqué en Nouvelle-Zélande sur un parcours très difficile, une eau à 14°  etc. On attendait beaucoup d’Emmie sur cette saison. Mais elle est jeune et a encore beaucoup de temps devant elle. »

Des Juniors en argent 
Beau dimanche pour l’équipe de France juniors qui repartira de Nouvelle-Zélande avec deux médailles d’argent dans ses bagages. Simon Viain (Valence) et Léonie Périault (Issy-les-Moulineaux) se sont en effet offerts une médaille d’argent. « On avait certes quelques espoirs mais ces deux médailles sont une très bonne surprise car elles ont été difficiles à aller chercherexplique Sébastien Poulet, entraîneur national jeune. Simon tournait autour depuis longtemps. Il a terminé quatrième des Championnats d’Europe, cinquième des Mondiaux de duathlon. C’est un peu la médaille de la maturité pour lui qui effectuait sa dernière compétition junior. C’est mérité. » Troisième à la sortie de l’eau, Dorian Coninx paie un incident mécanique au départ du vélo (il a déraillé). Relégué à 1’15’’ à la seconde transition, il termine 10e« Il fait une erreur de débutant mais il a de très grosses qualités physiques et est d’ores et déjà compétitif », précise l’entraîneur.  Yohan Saby est 30e. Le Sud-africain Wian Sullwald offre au continent africain son premier titre mondial. 

Grosse satisfaction pour Léonie Périault (Issy-les-Moulineaux) elle aussi vice-championne du monde (victoire de la Japonaise Fumika Matsumoto) après avoir décroché le même métal aux Championnats d’Europe cet été à Eilat (Israël). La sociétaire d’Issy-les-Moulineaux a confirmé qu’elle était bien un grand espoir du triathlon français. « C’est une petite surprise car elle est encore junior 1. Elle a encore un petit point faible en natation puisqu’elle est sortie à 50 secondes de la tête mais elle a ensuite réalisé une course très intelligente, pleine de maturité malgré son jeune âge. Il y a encore du travail pour aller plus haut mais c’est de très bon augure. »